Angelo Corvitto, le mathématicien de la crème glacée et son livre « Les Secrets de la Glace »

Angelo Corvitto, le mathématicien de la crème glacée et son livre « Les Secrets de la Glace »

A.ICEBERG-PRO est un logiciel de formulation et d’équilibrage pour la conception de recettes de crèmes glacées, sorbets et purées. Nous publions ici des articles sur la formulation des glaces.


Un autodidacte venu de Sicile

Angelo Corvitto est né en 1943 à Licata, en Sicile, au moment du débarquement américain. À 12 ans, il suit sa famille en France. Le travail le conduit ensuite à Torroella de Montgrí, près de Gérone. À l’Hostal Cotoliu, il rencontre Dolores, avec qui il dirigera le restaurant.

C’est là que tout commence. Il se met à étudier seul les possibilités gastronomiques de la glace. Il a alors une longue avance sur son époque : aucun manuel ni aucune revue spécialisée n’existe encore. Il commence sans prétention, dans un petit atelier, en 1982. De là naît sa propre marque, Gelats Angelo, toujours en activité avec la même exigence artisanale et aujourd’hui dirigée par son fils Hervé.

Avant lui, l’approximation

Pendant des décennies, la glace artisanale a vécu de recettes transmises et de tours de main. Les expériences d’une précision chirurgicale de Corvitto ont fait date dans une discipline jusque-là cantonnée aux kiosques et aux bacs, entre ésotérisme et approximations d’autodidactes.

Corvitto pose une question que peu se posaient : pourquoi une glace est-elle réussie ou ratée ? Sa réponse tient en une idée : une glace est un système en équilibre.

La méthode : une équation à plusieurs variables

Pour lui, saveur maximale, texture parfaite et goûts nets relèvent d’une équation complexe. Elle combine matières grasses, sucres, procédé de fabrication et température de service. Chaque variable agit sur les autres : modifier un paramètre oblige à rééquilibrer l’ensemble.

1. Les sucres : sucrer n’est pas leur seule fonction

Les glaciers raisonnent avec deux indicateurs :

  • le POD mesure le pouvoir sucrant, avec le saccharose comme référence 100 ;
  • le PAC mesure le pouvoir antigel, c’est-à-dire la capacité à abaisser le point de congélation.

Les sucres déterminent la dureté de la glace. Dans un mélange alcoolisé, on privilégie un duo saccharose et glucose, qui donne une glace plus ferme et moins sucrée. Pour le chocolat, on choisit au contraire le sucre inverti et le dextrose : leur PAC élevé compense la dureté et assure l’onctuosité. Choisir ses sucres revient donc à régler à la fois la douceur et la tenue.

2. Les matières sèches et les protéines du lait

L’extrait sec dégraissé du lait structure la glace et fixe l’eau du mélange. Il améliore la texture et la conservation et freine la cristallisation du saccharose. L’enjeu est de piéger l’eau libre pour éviter les cristaux de glace.

3. Les matières grasses

Elles apportent rondeur et onctuosité, mais elles masquent les arômes. Leur dosage doit donc tenir compte de l’intensité du parfum recherché.

4. Le procédé et le service

Une formule parfaite sur le papier peut échouer à la mauvaise température. La méthode intègre donc la fabrication et la dégustation. Hervé Corvitto donne un exemple concret : un restaurant qui sert une glace au wasabi en grosse boule demande un goût moins puissant, alors qu’un autre, qui la sert en petite quantité, veut une saveur bien plus concentrée.

Un livre pour tout révéler

En 2004 paraît Les secrets de la glace. La glace sans secrets. Son titre résume la philosophie d’un professionnel toujours prêt à partager son savoir-faire.

L’ouvrage dépasse le simple manuel. Il suit la glace de bout en bout : choix et préparation des matières premières, toutes les étapes de fabrication, puis conservation, transport et service. Une seconde édition entièrement mise à jour est parue en espagnol et en anglais.

Les distinctions suivent :

  • 2004 : prix de la meilleure publication culinaire espagnole ;
  • 2006 : meilleur glacier de l’année selon Identità Golose ;
  • 2007 : prix de la meilleure publication de l’Académie basque de gastronomie.

Une influence sur la haute cuisine

De nombreux chefs d’avant-garde sont allés apprendre auprès de lui. Le pâtissier australien Darren Purchese le considère comme l’autorité absolue sur le sujet.

Corvitto voulait que les professionnels cessent de se priver de la glace. Il observait que certains cuisiniers et pâtissiers renonçaient à fabriquer leurs propres glaces, par manque de technique. Ils écartaient ainsi un produit très attractif au moment de composer une carte ou un dessert. Sa méthode leur a donné les outils pour s’en emparer.

Un héritage vivant

Hervé Corvitto perpétue l’atelier et la transmission. Dans son cours d’initiation, il enseigne la théorie de la glace, ses ingrédients de base, la formulation, les phases de production et les grandes familles de glaces. Il y aborde surtout ce qu’il présente comme l’essence d’une glace réussie : la formulation.

Ce qu’il faut retenir

La méthode Corvitto a fait passer la glace du tour de main à la science, sans lui retirer sa part d’art. Elle rappelle que la créativité la plus libre repose souvent sur la technique la plus rigoureuse.

Acheter le livre

The Secrets of Ice Cream, d’Angelo Corvitto, sur Books for Chefs


Sources